C’est le matin, il faut partir. Aller en mer, vérifier la météo, les casiers. Le capitaine du Surcouf II est au bord de la faillite. Accompagné d’un seul matelot, il décide d’aller jusqu’au plateau des Minquiers pour essayer d’obtenir une pêche enfin convenable. Et qui sait ? Peut-être conjurer le mauvais sort…    

"Bon sang, mais qu’est-ce qu’il fait, Yann ? Il n’a quand même pas oublié de mettre son réveil ? Je lui avais pourtant demandé de venir pour cinq heures moins le quart ! Heureusement que Loïc est là, mon mécano, toujours fidèle au poste. Un équipage de deux hommes, c’est un minimum pour tout le travail à effectuer à bord. Bien que je sois à la passerelle, je n’hésite pas à descendre les aider dès que je peux.

Il fait encore nuit, il n’y a pas un chat au port des Sablons… Évidemment, vu l’heure, les autres bateaux sont déjà partis ! Il ne s’agirait pas de rater le coche, avec le passage du seuil. On a jusqu’à cinq heures et quart pour appareiller. Ensuite, il faudra attendre sept heures trente, ce que je ne peux pas me permettre, avec la vente derrière. Loïc m’a aidé à charger les caisses de    boëtte  du hangar de Saint-Servan, le carburant a été fait hier soir, tout est prêt. Il ne manque plus que le matelot en somme… Je n’arrive pas à le joindre, c’est pas vrai, ça ! Jetons un coup d’œil au bulletin de la météo marine en attendant : les conditions météorologiques de la zone large Casquets pour cette nuit étaient bonnes, avec un vent de secteur ouest force 3 à 4, une mer peu agitée à agitée et une visibilité de huit à dix milles, réduite sous les averses. Il est prévu une bonne brise pour ce matin, avec un vent fraichissant force 5, une mer forte. Aïe, ça se gâte un peu, mais je pense que ça ira, puisqu’on vise le Plateau des Minquiers.

C’est quand même un drôle de mois de juin ! Déjà qu’on n’a pratiquement pas pu sortir ce printemps, voilà trois semaines qu’on doit rester à quai à cause de la météo déplorable ! Je compte beaucoup sur la marée à venir pour renflouer les caisses. Mon rendez-vous à la banque n’était pas une partie de plaisir la semaine dernière. Et certains de mes clients commencent à espacer leurs appels, à force d’entendre : « Non, je n’ai pas d’araignée aujourd’hui », « Pas de homard » et « Pas de tourteau non plus. Mais vous savez, la saison commence à peine, ça va arriver ! » Comme j’ai hâte d’aller relever les casiers !

Cette fois, je ne peux plus me permettre d’attendre : le niveau de l’eau sera bientôt trop bas pour franchir l'écluse du Naye. Je préviens Loïc qu’on sera seulement deux, il me jette un regard un peu inquiet. Je ne m’attarde pas et file à la passerelle. Ordinateur de bord, GPS, moteur, alarmes, feux de route, VHF  et radar. On est parés à larguer les amarres !

Nous voilà en mer, je me sens mieux quand je suis à la barre du Surcouf II. Loïc prépare les appâts sur le pont : des petits poissons du type maquereau qu’il coupe en deux d’un coup de machette avant de les déposer dans des cagettes, le temps qu’ils décongèlent. Je rumine sur le chiffre d’affaires qui doit remonter, avec les charges, le prix du carburant, les contrats qui n’ont pas été honorés, la concurrence avec les Britanniques… Loïc me prévient qu’on n’aura pas assez de boëttes. Allez, et ça continue ! Un matelot en moins et pas assez d’appâts ! Comment ai-je pu faire cette erreur ? Argh, je ne sais plus où donner de la tête !"

Delphine Ciolek signe une nouvelle très réaliste, aux accents fantastiques. Elle partage avec son lecteur son expérience du monde de la pêche et le confronte aux réalités de ce difficile métier. Pour 0,99€, pourquoi s’en priver ?

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